Les tensions géopolitiques s’intensifient dans la région de la Corne de l’Afrique à la suite de la reconnaissance par « Israël » de la région séparatiste du Somaliland. Cette décision constitue un tournant dangereux dans les équilibres de pouvoir à l’entrée de la mer Rouge.
Des observateurs estiment que la volonté israélienne de se doter d’un point d’ancrage dans cette zone stratégique s’inscrit dans une stratégie visant à briser son isolement régional et à sécuriser ses routes de navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, notamment dans un contexte marqué par de fortes menaces sécuritaires. Toutefois, cette avancée suscite une vive inquiétude parmi les grandes puissances régionales telles que l’Égypte, la Turquie et l’Arabie saoudite.
Selon les experts, cette reconnaissance ouvre la voie à des conséquences potentiellement catastrophiques, susceptibles de conduire à la fragmentation de l’État somalien et d’encourager d’autres mouvements séparatistes sur le continent africain. Ces dynamiques ne peuvent être dissociées des dossiers sensibles liés à la question du déplacement forcé des Palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie.
« Israël » a annoncé vendredi dernier la reconnaissance du Somaliland en tant qu’« État souverain et indépendant », devenant ainsi le premier pays à reconnaître officiellement cette région qui avait proclamé sa séparation de la Somalie.
Cette reconnaissance a provoqué des réactions indignées de la part de la Somalie, de l’Égypte, de la Turquie et de Djibouti, qui ont exprimé leur rejet catégorique de cette décision et réaffirmé leur attachement à l’unité et à la souveraineté du territoire somalien.
Une menace pour la sécurité africaine
L’analyste politique somalien Abdel Sattar Abdallah a estimé que « la reconnaissance israélienne du Somaliland constitue une mesure nulle et non avenue, dépourvue de toute légitimité internationale, et une violation flagrante de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Somalie ».
Dans une déclaration à Sputnik, il a souligné que « cette décision représente un danger majeur, car elle vise à déstabiliser la région de la Corne de l’Afrique et à prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, en particulier à la lumière des menaces répétées des Houthis contre les navires commerciaux à destination d’Israël ». Selon lui, « Israël cherche ainsi à se créer de nouveaux alliés afin de briser son isolement régional ».
Il a expliqué que « cette décision s’inscrit également dans une volonté de contenir l’influence croissante de l’Égypte et de la Turquie, ainsi que leurs relations étroites avec la Somalie, dans le but de rééquilibrer les rapports de force dans la Corne de l’Afrique. Elle viserait aussi à déstabiliser la Somalie, à affaiblir l’État somalien et à le fragmenter en micro-entités, ce qui représenterait une menace grave pour la sécurité nationale arabe et africaine ».
Abdel Sattar a estimé que « cette reconnaissance n’a aucune valeur juridique, puisqu’elle émane d’une partie extérieure, et que le Somaliland fait partie intégrante de l’État somalien. Il s’agit toutefois d’une ingérence flagrante dans les affaires intérieures somaliennes, aux conséquences dangereuses pour la sécurité nationale ».
Il a ajouté que « cette initiative pousse le gouvernement somalien à renforcer ses alliances avec les pays amis, notamment ses partenariats militaires avec l’Égypte et la Turquie. Elle risque également d’encourager d’autres régions à rechercher des reconnaissances similaires, ce qui affaiblirait davantage l’autorité de l’État somalien ».
La Somalie, principale victime
Dans le même contexte, l’universitaire et expert somalien en relations internationales Ahmed Mahmoud Jisoud a estimé que « la reconnaissance israélienne du Somaliland comporte des dimensions stratégiques extrêmement dangereuses, compte tenu de l’importance majeure de cette région qui donne sur la mer Rouge et constitue un espace de rivalités internationales et un passage clé du commerce mondial ».
Dans ses déclarations à Sputnik, il a affirmé « qu’Israël cherche, à travers cette démarche, à asphyxier les pays arabes », soulignant que « toute présence israélienne dans ces voies maritimes envoie un message de pression directe à l’Égypte ».
Il a expliqué que « ce mouvement représente une pénétration israélienne dans la Corne de l’Afrique destinée à défendre ses intérêts », ajoutant « qu’Israël pourrait prochainement établir des bases ou des structures militaires dans la région afin de surveiller les activités des Houthis au Yémen, tout en poursuivant d’autres objectifs stratégiques ».
L’expert a mis en garde contre le fait que « les répercussions de cette décision pourraient d’abord déclencher des conflits internes avant de se transformer en affrontements internationaux », rappelant que « plusieurs tribus et régions s’opposent aux orientations séparatistes et restent attachées à l’unité de la Somalie, ce qui pourrait provoquer des affrontements armés au sein même du Somaliland ».
Il a également souligné que « ces manœuvres israéliennes suscitent l’inquiétude et la méfiance de puissances régionales et internationales telles que la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite, qui observent avec une grande suspicion l’expansion israélienne dans cette zone vitale ».
Jisoud a estimé que « la Somalie est la première et la principale victime de cette décision, le territoire séparatiste représentant environ 30 % de la superficie du pays ». Il a averti que « la perte de cette zone stratégique aurait des répercussions profondes sur l’ensemble de la région ».
Il a ajouté que « cette reconnaissance pourrait encourager d’autres mouvements séparatistes dans des pays africains voisins confrontés à des troubles similaires, ce qui risquerait d’embraser davantage la région », estimant qu’Israël a ainsi « mis le feu aux poudres ».
Objectifs cachés et conséquences dangereuses
De son côté, l’ancien vice-ministre égyptien des Affaires étrangères, l’ambassadeur Hassan Heridy, a affirmé que « la décision israélienne de reconnaître le Somaliland s’inscrit dans une stratégie israélienne de long terme visant à contrôler l’entrée sud de la mer Rouge et à renforcer son influence dans la Corne de l’Afrique ».
Dans une déclaration à Sputnik, il a expliqué que « cette orientation vise à contrer le rôle régional de l’Égypte, de la Turquie et des pays arabes riverains de la mer Rouge ».
Heridy a souligné que « cette stratégie ne date pas d’aujourd’hui, mais remonte à 1948, Israël cherchant depuis sa création à dominer la sécurité de la mer Rouge, tant au nord qu’au sud ». Il a estimé que « la démarche actuelle est le fruit d’une coordination étroite entre Israël et l’Éthiopie pour sécuriser leurs intérêts communs dans cette zone stratégique ».
Il a révélé d’autres dimensions du dossier, indiquant que « l’approche israélienne à l’égard d’entités séparatistes comme le Somaliland pourrait servir de couverture à des tentatives visant à trouver des territoires alternatifs pour la mise en œuvre de projets de déplacement de Palestiniens depuis Gaza et la Cisjordanie ». Bien qu’il considère cette motivation comme secondaire, il a souligné « son lien étroit avec une stratégie globale dépassant la simple reconnaissance diplomatique ».
Heridy a mis en garde contre les implications sécuritaires de cette reconnaissance, la qualifiant « de première étape vers l’établissement de bases militaires israéliennes ou d’une quelconque présence militaire sur le territoire de l’entité séparatiste ».
Il a exprimé ses craintes « quant à l’ouverture de la région aux services de renseignement israéliens, en particulier le Mossad, qui pourraient en faire une nouvelle base d’opérations dans la Corne de l’Afrique et sur l’ensemble du continent africain ».
Il a insisté sur le fait que « les phases ultérieures de cette décision se concentreront sur l’ancrage d’une présence militaire et sécuritaire israélienne directe dans cette zone stratégique, ce qui posera de nouveaux défis à la sécurité nationale des pays riverains de la mer Rouge ».
Gaza et le Liban
Pour sa part, le docteur Ahmed Fouad Anwar, membre du Conseil égyptien des affaires étrangères et expert des affaires israéliennes, a qualifié la reconnaissance israélienne du Somaliland « de décision dangereuse et sans précédent ». Il a rappelé « qu’aucun État au monde n’a reconnu cette entité séparatiste, et s’est étonné qu’Israël prenne une telle initiative symbolique envers un territoire qui ne l’a lui-même jamais reconnu ».
Dans une déclaration à Sputnik, Anwar a estimé que « cette démarche vise principalement à contrecarrer les efforts égyptiens en faveur de la stabilité et de l’unité du Soudan », soulignant que « l’unité territoriale soudanaise inquiète Israël en coordination avec l’Éthiopie ». Selon lui, « cela a conduit les deux parties à coopérer avec des groupes armés se réclamant de slogans religieux afin de mettre en œuvre leurs agendas régionaux ».
Il a averti que ce qu’il a qualifié de « victoires illusoires » du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu manquent de toute préparation sur le terrain, précisant que « toute présence israélienne dans cette région serait exposée à la capture et à l’affrontement, comme lors des événements du 7 octobre, et que les groupes de résistance en Somalie ou au Yémen pourraient encore plus facilement faire face à ce type de violation ».
Il a ajouté que « la présence israélienne dans cette zone placerait la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb sous une menace directe, la rendant incertaine », et a estimé que « cette décision pourrait s’inscrire dans des manœuvres de négociation par lesquelles Israël cherche à renforcer sa position dans d’autres dossiers tels que Gaza, la Syrie et le Liban ».
Sur le plan diplomatique, Anwar a indiqué que « le processus visant à contenir et dénoncer cette décision a déjà commencé à travers une déclaration conjointe forte de la Somalie, de la Turquie et de l’Égypte, à laquelle se sont joints l’Arabie saoudite, l’Union africaine et d’autres organisations ». Cette dynamique, selon lui, met en échec « les tentatives de Netanyahu de détourner l’attention de ses crises internes et d’impliquer les États-Unis dans de nouveaux fronts de confrontation ».
Anwar a estimé que « cette expansion aura des effets contre-productifs au sein même de la société israélienne, désormais consciente que les projets de Netanyahu ne se limitent pas à la Palestine historique, mais visent à déstabiliser l’ensemble de la région ». Il a décrit le Premier ministre israélien comme « un dirigeant qui se nourrit des guerres et ne se préoccupe que de sa survie politique face aux poursuites judiciaires et aux élections à venir, au détriment de la sécurité régionale ».
L’accord annoncé vendredi dernier, portant reconnaissance par Israël du Somaliland en tant qu’« État souverain », a été rendu public par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu avant ses entretiens prévus le 29 décembre avec le président américain Donald Trump au complexe de Mar-a-Lago, portant sur « le fragile cessez-le-feu dans la bande de Gaza et les efforts élargis de stabilisation du Moyen-Orient », selon une agence de presse américaine.
Source: Traduit de Sputnik version arabe
Source: Avec Sputnik



